\ Projet : can you move it ?
Conception: LOCALARCHITECTURE - ( Summerlab 2008 )
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CAN you move it ?
Un nouveau musée (centre) d’art contemporain au coeur de la ville de Neuchâtel. Depuis la reprise du CAN, centre d’art Neuchâtel, par l’association Kunstart, celui-ci bénéfice d’une nouvel élan qui augmente notablement son rayonnement et son impact dans le paysage culturel de suisse romande. Les expositions et les manifestations qui y sont régulièrement présentées attirent un public de plus en plus large et varié. Ce succès et cette nouvelle implication dans le paysage culturel justifie une plus grande visibilité de l’institution dans la ville.
Aujourd’hui, la visibilité du CAN se résume à une simple porte et une boîte aux lettres, situées au milieu sur la rue des Moulins, à l’image d’un filiale offshore d’un groupe financier qui cultiverait une très grande discrétion. Le centre d’art contemporain se développe dans les interstices du tissu bâti moyenâgeux des faubourgs au pied de la colline du château. Il occupe des espaces intimes qui souffrent de difficultés d’accès et de visibilité.
Est-ce là réellement la place que nous souhaitons donner à une institution culturelle, un musée, un théâtre, dans une ville de Suisse romande aujourd’hui ? Et si nous construisons un musée d’art contemporain, à l’architecture tout aussi contemporaine, au coeur de la ville de Neuchâtel, quels échos ce nouveau bâtiment recevrait-il ? Que ce soit pour un musée des Beaux-Arts à Lausanne, pour un musée d’Ethnographie à Neuchâtel ou Genève, pour un théâtre à Neuchâtel ou à Fribourg, la réalisation d’un nouveau bâtiment institutionnel à caractère culturel a le pouvoir de susciter une levée de bouclier de la part de la population, ou tout du moins, de différents groupes d'intérêt censés la représenter: mouvement de défense du patrimoine historique; mouvement de défense du quartier; mouvement de défense de la nature. Doit-on réellement défendre la population de l’architecture ou de l’art contemporain ? Doit-on continuer à protéger les centres historiques ou les rives de lacs du développement durable, puisque l’art, même contemporain, est fait pour s’inscrire dans la durée.
Suite à ces quelques réflexions, les architectes du bureau LOCALARCHITECTURE ont été choisis pour construire un nouveau musée d’art contemporain sur la place des Halles, au coeur de la ville de Neuchâtel.
La place des Halles, située dans le centre historique de la ville de Neuchâtel, est actuellement mal définie en direction du lac. L’implantation d’un nouveau bâtiment permettrait dans un même temps de clarifier le tissu urbain du centre historique en prolongeant la rue du Coq d’inde, de mieux définir l’espace public en refermant la place sur elle-même et de densifier l’activité commerçante du marché en augmentant l’attractivité de celui-ci. Le CAN bénéficiera ainsi de nouveaux espaces d’expositions et d'activités, tels que cafétéria, librairie et atelier pédagogique, ouverts sur la ville. L’art contemporain sera ainsi rendu plus accessible à la population neuchâteloise. De plus, ce nouveau bâtiment entièrement financé par des fonds privés, offre l’opportunité à la Ville de Neuchâtel d’augmenter son rayonnement régional.
Le projet sera présenté à la population lors d’une conférence-débat le vendredi 15 août à 15h00 dans les locaux du CAN, rue des Moulins 37 à Neuchâtel.
SUMMERLAB / 2008
LOCALARCHITECTURE
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Les premières prises de positions du CAN.
Dans le cadre de son laboratoire d’été Glocal Bang, l’équipe du CAN a invité le bureau d’architectes LOCALARCHITECTURE à se pencher sur l’invisibilité des locaux du centre d’art (la partie du visible du centre depuis la rue se résumant à une porte) et sur la méconnaissance, supposée corrélative, de l’existence même de ce dernier par le grand public neuchâtelois. Cette invitation était évidemment libre de toute contrainte, le laboratoire étant conçu comme lieu d’expérimentation, de débats et de propositions.
Fort de cette liberté, LOCALARCHITECTURE propose une réponse radicale à notre problématique : une extension du centre d’art implantée au cœur de la vielle ville ! Ce projet (puisqu’il s’agit dès lors de l’appeler ainsi) élargit de façon considérable notre questionnement initial, en ouvrant de vastes champs de réflexions. En l’état actuel d’avancement de celles-ci, nous nous contenterons d’évoquer certaines des pistes qui devraient nous permettre d’accéder à ce nouveau bâtiment.
Une intervention radicale au centre d’une vieille ville suisse n’est jamais innocente puisqu’elle interroge précisément notre sentiment de culpabilité face à l’idée même d’une action transformatrice sur notre patrimoine, notre sacro-saint héritage culturel. Pour susciter un tel sentiment, il doit y avoir délit ! Reste à savoir où se situe la transgression. En proposant un bouleversement de l’équilibre architectural d’une des plus belles places de la ville nous comptons interroger tant les fondements de cet équilibre que les fonctions sociales d’un environnement urbain envisagé comme formes à habiter, comme lieux capables de susciter de nouveaux types de sociabilités et de comportements ; ou encore les rôles que peut jouer un bâtiment contemporain dédié à la culture : marqueur urbain, symbole d’une ville tournée vers le présent, vitrine touristique (sic !), affirmation d’un nouvel humanisme…
C’est désormais un lieu commun que d’affirmer que les vieilles villes européennes, et plus particulièrement suisses, se sont transformées en musées à ciel ouvert. Ce processus de muséification des centres historiques – et par ailleurs de nos paysages et donc d’une grande partie de notre territoire – est habituellement interprété par les tenants d’un renouveau comme un excès de conservatisme. Mais il s’agit sans doute d’abord de s’interroger sur la cohérence réelle ou supposée de l’objet à conserver. Pour prendre l’exemple de la place des Halles, les bâtiments qui la composent ont été construits à diverses époques (les plus récents datant de la fin du XIXe). Le seul bâtiment présentant un réel intérêt architectural sont les anciennes halles qui accueillent de nos jours un restaurant et dont les rénovations intérieures successives peuvent laisser perplexes en regard de la cohésion architecturale du tout. On constate donc que ces ensembles architecturaux ont subi de fortes évolutions durant plusieurs siècles pour se figer dans une image de quasi-éternité au début du XXe. Dès lors, les interventions architecturales se concentrent sur l’intérieur des bâtiments sans toucher aux façades, allant dans certains cas jusqu’à vider complètement ceux-ci pour les reconstruire à neuf dans de vieux murs. Cette pratique du façadisme pose bien sûr la question de la représentation. Quelle est la réalité de l’image d’Epinal que l’on a de ces centres historiques ? En poussant le raisonnement, on a vite l’impression de vivre dans un décor de théâtre dont le scénographe se serait d’ailleurs peu soucié de la cohérence historique. Une image construite donc, mais cela n’a rien de bien scandaleux puisque c’est finalement le propre de toute image, faut-il encore en avoir conscience. Insistons encore sur le fait que si la représentation que l’on a de notre environnement est une construction culturelle, l’un des traits essentiels de la culture est de permettre une réinvention constante de ces représentations. Et nous irons jusqu’à affirmer que cette capacité à réinventer le regard que l’on porte sur notre environnement est preuve de vivacité sociale et culturelle…donc de vie !
Ce positionnement donne une première explication au choix du lieu d’implantation de ce nouveau bâtiment. Il serait bien sûr moins polémique de le proposer en périphérie, mais cette nouvelle construction ne fait véritablement sens que dans ce choc aussi doux que frontal. La proposition de LOCALARCHITECTURE s’oppose frontalement à l’architecture de la place (ou plutôt à la représentation que l’on en a) tout en s’intégrant en douceurs aux activités du lieu. Le nouveau volume serait déposé sur trois piliers, laissant ainsi l’ensemble de la place accessible au marché qu’elle accueille trois fois par semaine. Mieux, elle offrirait un vaste espace couvert à cette activité faisant écho à la première fonction des halles. Symboliquement cela reste encore anecdotique en comparaison du fait que le marché viendrait littéralement nourrir le centre d’art. Les architectes veulent construire les murs de l’édifice en matière végétale vivante, en composte ! Les déchets végétaux produits par le marché serraient donc déposés au sommet de ces compostes verticaux pour alimenter un processus qui fournirait une grande partie de l’énergie du bâtiment (l’autonomie énergétique de ce dernier étant complétée par des panneaux solaires en toitures). De plus, les habitants du centre ville pourraient venir déposer leur propre composte pour alimenter en énergie les activités d’art contemporain, l’image est forte ! Les formes doivent aussi permettre de réinventer des comportements.
Cette construction jouerait évidemment le rôle de monument, de marqueur urbain, et donc … d’attracteur touristique. De ce point de vue, on peut même se demander s’il ne poursuit pas la muséification (contemporaine cette fois-ci) de la ville dénoncé plus haut. Sans doute, mais il a la force de la proposition et de la réinvention de notre espace urbain et du regard qu’on peut lui porter. Faut-il encore que les activités proposées au sein du centre d’art soient à la hauteur des ambitions architecturales. Nous n’avons pas la prétention d’affirmer cette qualité de manière définitive, mais nous y travaillons ! Là encore, il s’agit d’être ambitieux en n’ayant pas peur de réinterroger le rôle de la culture cultivée dans notre société, voir d’en appeler à l’invention d’un nouvel humanisme (à suivre).
Je terminerai ces ébauches de réflexions par un regard sur le paysage que l’on cherche à modifier. Bien que le bâtiment ne touche pas terre, il lui sera reproché d’obstruer une vue sur le lac et les alpes (même si il faut encore faire abstraction pour cela des nombreuses voies de communications qui séparent la place du lac). Rappelons que l’émotion suscitée par la vision de tels paysages chez la plupart des Suisses est elle-même un héritage culturel. L’interprétation de nos paysages nous a été léguée par les romantiques anglais, grands touristes du XVIIIe, avant d’être intégrée comme marqueur de l’identité nationale. La proposition de surajouter une façade végétale à ce paysage provoque une mise en abîme de notre vision du paysage, de la nature et donc, de la culture. La culture (dans tous les sens du terme) naît de la volonté de maîtriser la nature.
Arthur de Pury
Directeur de CAN (Centre d’art, Neuchâtel)
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Description du bâtiment
Le nouveau centre d’art est un bâtiment de 13m sur 13m au sol et de 16m de hauteur, implanté sur la partie sud de la place des Halles à Neuchâtel. Il offre ainsi, 2 salles d’exposition d’environ 150 m2 chacune. Posé sur trois piliers porteurs qui regroupent les installations techniques, il flotte à 4m au-dessus du niveau de la place, laissant libre l’occupation du rez-de-chaussée. Un escalier escamotable descend sur la place lorsque le centre est en activité.
Le bâtiment dans son ensemble est conçu comme un organisme vivant en interaction avec les activités existantes de la place. La façade végétale, un mur de terre de 1m d’épaisseur, accueil les déchets végétaux des maraîchers et fonctionnent comme un grand compost urbain. La régénération des déchets végétaux produisant une grande quantité de chaleur permet de répondre, avec les capteurs solaires en toiture, aux besoins énergétiques du bâtiment. La présence du lac tout proche, permet également des échanges thermiques par pompe à chaleur, pour le refroidissement estival et les besoins de chauffage. Au fil des saisons, le mur de terre se couvrira d’une peau végétale qui transforme les bâtiments en un vaste jardin urbain vertical. Des ouvertures, en forme d’oeil, accompagnent les circulations intérieures du bâtiment et permet un rapport visuel entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment.