\ Keith Rowe and Kjel Bjørgeengen 12.02.2010 dès 19h30 au can
performance / concert, vidéo musique
KEITH ROWE
Keith Rowe n’a plus de
guitariste que le nom, tant il appose à son instrument les transformations
physiques les plus inconcevables. Sa carrière commence pourtant avec une
guitare tenue bien droite au sein de l’orchestre de jazz de Mike Westbrook.
Puis à l’aube des années 60, fasciné par le piano préparé de John Cage, mais
aussi par des artistes visuels radicaux comme Jackson Pollock, Rowe commence à
appliquer des procédés inédits à la guitare. « Comme Pollock, il me fallut
abandonner la technique », déclare-t-il dans un entretien à « Paris
Transatlantic » datant de 2001. Mais comment ? « En couchant la guitare à plat.
» Depuis quarante ans, Rowe joue donc assis, avec une « guitare de table », et
lui applique des variations de timbres, de tonalités, mais aussi des
modifications plastiques et l’adjonction d’éléments exogènes qui peuvent aller
des vis et écrous aux pales de ventilateurs.
Pour autant, la guitare «
transformiste », inventée par Rowe, n’a rien d’un phénomène de foire. Avec une
sûre avance sur l’époque, elle influence à partir des années 70 des
pourfendeurs sonores de la six cordes comme Fred Frith ou Lee Ranaldo, ou
encore l’étrange luthier Yuri Landman, célèbre pour ces instruments à cordes
inédits qu’il fabrique pour Liars, Jad Fair et Sonic Youth entre autres. Rowe a
également influencé Pink Floyd et particulièrement Syd Barrett. Voilà qui le
place définitivement au panthéon des références rock underground. Alors que le
rock l’intéresse peu. En 1965, il fonde avec John Tilbury et Eddie Prévost,
AMM, le groupe le plus déterminant dans l’expansion des musiques d’avant-garde
en Grande-Bretagne. Rapidement le trio devient un ensemble où joueront
notamment Cornelius Cardew et Michael Nyman. Depuis, il a quitté le groupe.
Avec son infatigable guitare de pèlerin, Keith Rowe essaime les festivals et
scènes du monde entier. En live, les manipulations qu’il opère sur l’instrument
procèdent d’une fascination aussi visuelle que sonore.
Jean-Philippe Renoult
KJELL
BJORGEENGEN
Né en 1971, vie et travail à Oslo. La plupart des oeuvres de Bjorgeengen explorent le
rapport entre la représentation, le sujet choisi par l’artiste et le
remplacement du contrôle subjectif par un traitement à partir du son. La vidéo
est structurée au travers de ce l’on pourrait appeler des méthodes de
production « post Cageiènes »: retenir le sujet expressif de l’artiste tout en
sabotant sa subjectivité en structurant les images au moyen de procédés
automatisés par le son et la musique. La technologie utilisée à cette fin est
elle-même modifiée en collaboration avec des développeurs tant de logiciels que
de hardware. Les installations et les pièces vidéo sont basées sur des
références non représentationnelles.
« La
poursuite idéaliste de la pureté de Bjorgeengen au travers d’un amalgame de
vibrations sonores, d’images cinématographiques et de lumières ressemble à la
réception de transmissions d’un au-delà. Des images fantômes, granuleuses
vibrent continuellement et s’effeuillent, révélant des formes cachées qui
s’accumulent puis se désintègrent. Comme tant de messages calligraphiés
abstraits, elles sont indéchiffrables. La stimulation de nos sens engendre une
réaction intérieure, alors que des synthèses visuelles et acoustiques tentent
d’atteindre le niveau inatteignable du néant. Les visions et sons
entrechoquants de Bjorgeengen sont des métaphores de néants mouvants dans des
univers parallèles. » (« Paradise Regained » par Apinan Poshyananda).